12? dimanche après la Trinité

Actes 9:1-20


Frères et sœurs, lors de notre « culte pour la paix », il y a deux semaines, nous avons prié pour les victimes du terrorisme, mais aussi pour tous ceux que le fanatisme rend aveugle et assassin. Cependant, est-il possible que de tels hommes soient touchés par le Seigneur ? La Bible nous montre-t-elle l’exemple de fanatiques religieux renversés dans leur intolérance par la puissance de l’Evangile ? Certainement ! De la haine à l’amour, de l’ennemi du Christ à son apôtre, du persécuteur au témoin ! Telle est l’histoire de notre texte.


Je vous propose

1) de faire un portrait de Saul de Tarse;

2) de réfléchir avec moi à la conversion de cet homme;

3) de voir quelles leçons nous pouvons en tirer.


1) Voici tout d’abord un bref portrait de Saul de Tarse.


Etienne, le premier martyr de l’Eglise chrétienne, avait été exécuté sur la base de faux témoignages. La Bible nous dit que Saul avait approuvé son meurtre. Approuver, ici, ne signifie pas simplement être d’accord, n’avoir rien à objecter, mais vouloir ce meurtre, le commanditer, l’organiser.

Saul est un nom hébraïque qui signifie «le petit». Saul était-il petit par la taille ? Il y a un domaine, en tout cas, où il ne l’était pas : c’est dans sa haine du Christ et des chrétiens. Saul de Tarse avait reçu l’autorisation (au moins tacite) de Ponce Pilate, et les pleins pouvoirs du sanhédrin pour persécuter les disciples du Christ. Il avait approuvé le meurtre d’Etienne. Le mot grec suggère même qu’ « il y avait pris plaisir ». Ce théologien au sang-froid, élève de Gamaliel, le plus grand théologien juif, avait pris plaisir à cette exécution, à la mort atroce de ce jeune témoin, un peu comme un skinhead à la tête brûlée jubile et jouit quand il peut «se faire» un émigré et le passer à tabac ou comme un hooligan quand il frappe à mort un agent de police.


Voilà pour le personnage. Il est animé d’une telle haine qu’il ne recule devant rien. Tout est bon : les faux témoignages, les procès injustes, la cruauté, l’acharnement des bourreaux, les cris de douleur, une mort à petit feu. Un fanatique et un homme cruel qu’on n’aimerait pas croiser sur son chemin, surtout si l’on figure sur la liste de ses prochaines victimes ! Mieux vaut ne pas le rencontrer.

Mais Dieu, lui, veut le rencontrer. C’est Saul précisément qu’il veut prendre à son service, enrôler dans la brigade de ses apôtres. Il lui faut cet homme pour «porter son nom devant les nations, devant les rois et devant les fils d’Israël» (V. 15). Le plus grand ennemi du Christ sera son plus grand prédicateur.


2) Voyons ce que notre texte nous dit de la conversion de cet homme.


Saul a bien conduit son opération de nettoyage. Poursuites, emprisonnements et exécutions « pour délit d’opinion », dirait-on aujourd’hui. Ou encore « épuration religieuse ». Le travail a été fait à Jérusalem. C’est maintenant au tour de Damas. Haut commissaire pour la chasse aux chrétiens, payé avec les offrandes du temple reversées au sanhédrin, Saul prend la route avec son attaché-case rempli de mandats d’arrêts. Ils sont signés par les hauts dignitaires religieux qui siègent sous l’autorité du grand prêtre Caïphe. Accompagné d’une équipe plutôt musclée, Saul a la réputation d’être efficace. Tant pis pour les souffrances des veuves et les pleurs des orphelins. Il faut que cette secte de chrétiens disparaisse de la Palestine avant qu’elle ne puisse se répandre dans le monde.


Mais alors qu’il se rend à Damas, le ciel se déchire et Jésus lui apparaît en plein jour. Majestueux, brillant de gloire : «Comme il était en chemin et qu’il approchait de Damas, tout à coup une lumière venant du ciel resplendit autour de lui. Il tomba par terre et il entendit une voix qui lui disait : Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? Il répondit : Qui es-tu, Seigneur ? Et le Seigneur dit : Je suis Jésus que tu persécutes. Tremblant et saisi d’effroi, il dit : Seigneur, que veux-tu que je fasse? Et le Seigneur lui dit: Lève-toi, entre dans la ville, et on te dira ce que tu dois faire» (V.3-6).


La voilà, la plus célèbre histoire de conversion de tous les temps. Les choses vont vite. Le texte ne se perd pas dans les détails. Quatre ou cinq lignes suffisent pour raconter les faits. Celui dont le cœur semblait aussi dur que la pierre est converti en l’espace de quelques secondes ! Il n’y a pas d’explication à cela. Une conversion ne s’explique pas, car elle relève toujours du miracle et c’est le propre de Dieu de faire des miracles. Il n’y a rien à expliquer. Même Freud y perdrait son latin. Un homme qui est tout sauf un chrétien, un homme qui enrage dès qu’il entend parler du Christ tombe de son cheval quand il le rencontre et s’en remet à sa volonté. Qu’on ne dise pas que sa conversion est un feu de paille ! Non, cet homme va se mettre en route, faire des centaines, que dis-je, des milliers de kilomètres pour annoncer le Christ en Asie Mineure et en Europe. Il sera pourchassé à son tour, roué de coups, jeté d’une prison dans une autre et finalement décapité à Rome. Pour qui ? Pour Jésus qu’il avait si farouchement persécuté.


Une conversion instantanée, certes, mais longtemps préparée. Une conversion, en effet, a toujours une préhistoire, même si nous ne la connaissons pas. Nous voyons Saul de Tarse mordre la poussière et changer en un instant, mais nous ne savons pas ce qui s’est passé dans son cœur avant qu’il ne tombe à genoux devant le Seigneur. Je pense personnellement que bien des choses ont dû se passer au plus profond de lui-même, là où ne plonge aucun regard humain, dans les tréfonds de sa conscience, dans cette caverne secrète qu’est le cœur de l’homme. Je pense que Dieu avait préparé longtemps à l’avance cette capitulation subite et inattendue. Le Saint-Esprit avait dû trouver la brèche pour pénétrer dans le cœur de Saul. Il s’était frotté les mains en voyant mourir Etienne, mais j’imagine que sa conscience a dû le travailler, car il ne l’a pas seulement vu mourir, il l’a aussi entendu prier pour ses bourreaux : «Seigneur, ne leur demande pas compte de ce péché» (Actes 7:60). «Ne les punis pas pour cela ! Pardonne-leur !» Ni haine, ni insulte, ni malédiction. Rien qu’une prière : «Pardonne-leur». Comme Jésus sur la croix : «Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font». Une prière pareille, ça ne s’oublie pas. Malgré son intégrisme, Saul devait y penser.


Hélas, c’est bien connu : la meilleure façon de chasser un doute, c’est de redoubler d’effort pour le réduire au silence. Alors Paul a dû se faire de plus en plus fanatique. Il «respirait la menace et le meurtre contre les disciples du Seigneur». Et le texte de poursuivre : «Il demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que, s’il s’y trouvait des partisans de la nouvelle doctrine, hommes ou femmes, il les amène liés à Jérusalem». Après les hommes, les femmes, et pourquoi pas les enfants ? Il faut leur faire un procès, à tous ces gens, et tant pis si leur procès n’est pas plus juste que celui de Jésus et d’Etienne. Ils doivent mourir. Tant pis pour les formes. C’est le résultat qui compte !

Jusqu’à ce que Jésus lui apparaisse et lui dise :

«Saul, qu’est-ce que je t’ai fait ? Qu’est-ce que tu me reproches ? Pourquoi me persécutes-tu ?» Et Saul, le nez dans la poussière, de bredouiller :

«Qui es-tu » ? Jésus de Nazareth, qu’il croyait depuis longtemps et pour toujours enfermé dans une tombe, lui répondit : «Je suis Jésus que tu persécutes... Lève-toi, entre dans la ville, et on te dira ce que tu dois faire». Et l’homme qui se rendait à Damas pour en ramener captifs de nombreux chrétiens, se laisse conduire comme un petit enfant. Jusqu’à présent, c’est lui qui décidait de ses itinéraires. Quand on s’appelle Saul de Tarse, on en a les moyens. Il menait sa vie comme il l’entendait. Mais il a trouvé plus fort que lui. Il a rencontré celui qui, au lendemain de sa résurrection, dit à Pierre : «Quand tu étais plus jeune, tu mettais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais. Mais quand tu seras vieux, tu étendras les bras et un autre te nouera ta ceinture et te mènera où tu ne voudras pas» (Jean 21:18). C’est Jésus maintenant qui va lui tracer son chemin. Jusqu’à présent, il en faisait qu’à sa tête. Mais c’est fini. Saul a trouvé plus fort que lui. Il a trouvé son Maître.


3) Voyons enfin quelles leçons nous pouvons tirer de la conversion de Paul.


Tout d’abord une leçon sur la puissance de Dieu. Saul n’était pas un simple sceptique, un agnostique hanté par le doute, une sorte de Voltaire qui sourit quand il entend parler les chrétiens. Non ! c’était un être violent. Il «respirait la menace et le meurtre» contre les chrétiens. Il ne s’est pas contenté d’écouter, mais il s’est levé et a frappé, frappé dur et fort. Il était connu pour sa violence, au point que lorsque les chrétiens entendirent parler de sa conversion, ils ne voulurent pas le croire. Même le vieil Ananias, chargé d’aller lui annoncer l’Evangile et de le baptiser, n’en croit rien. Il avait dû entendre, par le bouche à oreille, que Saul de Tarse allait venir et faire couler le sang à Damas, du sang de chrétien, du sang innocent : «Seigneur, j’ai appris de plusieurs personnes tous les maux que cet homme a faits à tes saints à Jérusalem» !

«Excuse, Seigneur, si je te contredis. Tu dois te tromper. Il doit y avoir erreur sur la personne. Si tu savais tout ce que ce tigre a déjà fait ! Il vient mettre la main sur nous, et toi tu veux que je lui impose les mains en ton nom ? Seigneur, je ne suis pas candidat au suicide. On ne peut pas faire confiance à un homme comme cela. Je suis sûr qu’il a simulé une conversion pour pouvoir mieux nous infiltrer ! C’est une grosse légume dans le KGB d’Israël ! Un homme comme ça ne se convertit jamais !»

Voilà ce qu’Ananias a dû dire au Christ, ou au moins penser dans son cœur. Eh bien, Ananias, tu te trompes ! Même un intégriste de ce calibre se convertit quand le Christ a décidé de le convertir. Saul a trouvé plus fort que lui. Jésus, qui sait toutes choses et est loin d’avoir oublié ses disciples persécutés, a eu raison de son aveuglement. Frères et sœurs, nous sommes tous tristes de voir que l’Evangile n’a pas plus de succès, que rares sont les personnes qui s’y intéressent. Je souffre de voir que des gens que j’aime, parfois dans ma famille la plus proche, se sont détournés de l’Evangile du salut, ne savent plus que faire dans leur vie des belles promesses de grâce, de pardon et de salut qui nous sont faites en Jésus-Christ. Ce texte me dit que Dieu est plus fort que les hommes et qu’un jour il aura peut-être raison de leur résistance. Il saura se mettre sur leur chemin, leur faire mordre la poussière, briser leur cœur et les reprendre par leur main. Voyez-vous, c’est ce qui nous donne la force de prier pour eux et de témoigner.


Notre texte contient une leçon sur la puissance de Dieu. Une leçon aussi sur sa miséricorde. Plus tard, Paul écrivit à Timothée : «Je suis reconnaissant envers celui qui m’a rendu capable de remplir cette tâche, Jésus-Christ, notre seigneur. En effet, il m’a accordé sa confiance en me choisissant pour ce service, moi qui, autrefois, l’ai offensé, persécuté et insulté. Mais il a eu pitié de moi car j’agissais par ignorance, puisque je n’avais pas la foi. Dans la surabondance de sa grâce, notre Seigneur a fait naître en moi la foi et l’amour que l’on trouve dans l’union avec Jésus-Christ». (1 Tim 1:13.16). Dieu a converti Paul parce qu’il l’aimait et qu’il avait pitié de son aveuglement. Vous souffrez de voir votre mari, votre femme mener leur vie sans Jésus parce qu’ils ne le connaissent pas ou le connaissent si mal ? Mais sachez que Dieu lui aussi souffre, de la souffrance du père de la parabole qui attendait le retour du fils prodigue. Le Seigneur ne se résout pas à voir les gens passer à côté de son Evangile. Tant qu’ils sont en vie, il va à leur recherche. Il veut les trouver et les ramener sur ses épaules, car il les aime eux aussi d’un amour éternel.


Le récit de la conversion de Saul est une leçon sur la puissance de Dieu. Une leçon sur sa miséricorde. Et aussi une leçon sur son omniscience. Le Seigneur sait toutes choses. Il connaissait Saul. Il le savait sur le chemin de Damas. Il connaissait aussi Ananias par son nom. Il savait où il habitait, à Damas. Il lui dit : «Va dans la rue qu’on appelle La Droite et cherche, dans la maison de Judas, un nommé Saul de Tarse. Car il prie et il a vu en vision un homme du nom d’Ananias qui lui imposait les mains». Oui, Jésus savait que Paul avait eu une vision et qu’il priait. Jésus sait tout. Il est au ciel. Il voit tout et sait tout. Il entend nos prières. Même quand les chrétiens persécutés ou tout simplement affligés le croient trop loin d’eux pour les entendre. Frère et sœur en Christ, il sait qui tu es, où tu habites, d’où tu viens, ce que tu fais. Il sait aussi quand tu pries. On n’a pas le droit de dire qu’il est trop grand pour s’occuper d’un être humain. La Bible nous dit le contraire : la grandeur de Dieu consiste en ce qu’il a les yeux sur le plus petit parmi les hommes. Partout où un homme ou une femme prie, et quand ce serait dans l’obscurité d’une cellule ou dans la chambre aseptisée d’un hôpital, entouré de flacons et de tubes, Dieu le voit. Dieu te voit, dans ta maison, à ton travail. Il sait quand tu te lèves. Il sait quand tu te couches. Il te connaît. Il te voit prier. Il entend ce que tu lui dis. Il t’aime et il ne t’oublie pas.


«Voici, il prie». C’est le signe extérieur de la foi. Quand on prie, c’est parce qu’on croit. C’est comme lorsqu’un enfant vient au monde : la première chose qu’il fait, c’est pousser un cri. Il montre ainsi qu’il respire, donc qu’il vit. Quand un homme parvient à la foi, qu’il renaît en se convertissant, il a besoin de parler, de montrer qu’il est ressuscité pour une vie nouvelle. Il lui faut parler à Dieu. C’est la preuve qu’il est devenu son enfant.

Tout de même ! L’actualité ne nous montre-t-elle pas chaque jour les images d’exaltés en prières, les « fous d’Allah », comme dit la presse, une main sur le Coran et l’autre sur la crosse d’un fusil mitrailleur ? Nous voyons, en effet, beaucoup de gens en prière ces temps-ci, mais nos yeux s’arrêtent à l’apparence des choses. Dieu, seul, sonde les cœurs. Or, c’est Jésus qui dit ici : «Voici, il prie». Alors Ananias n’a plus de raison de se méfier. Si Dieu agrée la prière de Saul, c’est qu’elle s’exprime au nom du Seigneur Jésus. Quiconque se trouve « dans l’union avec Jésus-Christ »1 ne tend pas de piège à son prochain, ne veut de mal à personne et ne tue pas. Pas besoin d’avoir peur d’un homme qui prie, parce que le Seigneur a changé son cœur. Dis-moi si tu pries ou non, et je te dirai quelle place Jésus a dans ta vie. Un homme qui persécutait les chrétiens, dont Ananias a pu dire : «J’ai appris tous les maux que cet homme a faits à Jérusalem. Il a des pouvoirs de la part des principaux sacrificateurs pour lier tous ceux qui invoquent ton nom», un homme qui insultait le Christ est maintenant de ceux qui invoquent son nom. Il maudissait, et maintenant il bénit. Il hurlait de rage, et voici, il prie. Si tu vois quelqu’un prier Dieu et invoquer le nom de Jésus, sache-le : tu as devant toi un enfant de Dieu, un disciple du Christ.

Il se peut que la foi de ce chrétien soit faible. Il se peut qu’il soit encore prisonnier de bien des erreurs, mais sache-le : s’il prie Dieu et invoque Jésus, il est ton frère ou ta sœur dans la foi. N’aie pas peur de lui, ne le juge pas, accueille-le et aime-le.


Personne n’est tombé si bas que le Seigneur ne veuille le relever, l’accueillir et le sauver. Il sait tout et peut conquérir le cœur le plus rebelle. Il l’a montré sur le chemin de Damas.

Voilà qui devrait nous consoler quand nous pensons à un mari, une épouse, un enfant, un frère, une sœur, tout être qui nous est cher et qui a toujours rejeté le Christ, ou qui l’a connu, aimé et adoré et qui s’est détourné de lui. Qui sait si le Christ ne lui réserve pas un chemin de Damas ? Aussi longtemps que cet être aimé est en vie, il y a de l’espoir, car Dieu lui aussi est en vie. Le Seigneur le voit du haut du ciel. C’est lui qui convertit les hommes et pas nous, et il sait briser les cœurs les plus rebelles. Demandons-le lui, et laissons-le agir. Aucun homme n’a jamais pu en convertir un autre. Dieu seul sait convertir des hommes. Mais les hommes, eux, ont besoin de notre témoignage et de nos prières. De notre témoignage, car «la foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend vient de la parole du Christ». De nos prières, car il est des prières auxquelles le Seigneur ne peut pas rester insensible. Celles, notamment, où nous prions pour le salut d’un homme, fût-il le pire des pécheurs, car Dieu veut les sauver tous. Il l’a dit, et sa Parole est la vérité.


Amen.

1 1 Timothée 1 : 14

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