« Je remercie sans cesse mon Dieu à votre sujet pour la grâce qu'il vous a accordée par Jésus-Christ. En effet, dans l'union avec le Christ, vous avez été enrichis de tous les dons, en particulier tous ceux de la Parole et de la connaissance. Le témoignage rendu au Christ a été si fermement établi parmi vous qu'il ne vous manque aucun don de Dieu, à vous qui attendez le moment où notre Seigneur Jésus-Christ apparaîtra. »
1 Corinthiens 1 : 4 à 7

Paul commence presque toutes ses lettres ainsi. Il loue Dieu pour les bénédictions spirituelles qu'il accorde aux églises. La plus grande richesse d'une paroisse, ce n'est pas de compter parmi ses membres le gratin de la société, ni des gens fortunés (quoi que…), ni beaucoup de bénévoles actifs dans la bienfaisance et l'évangélisation.
Paul est heureux quand il voit les paroisses riches de la grâce de Dieu. Une paroisse grandit dans la foi, la connaissance et le témoignage, voilà sa vraie fortune !

Nous aussi, louons Dieu pour la richesse de sa grâce.
- Par elle, il ne nous manque aucun don
- Par elle, son Royaume s'étend sur la terre

Mais commençons par un paradoxe : Corinthe ne ressemble vraiment pas à la crème des paroisses. A l'époque où l'apôtre écrit ses épîtres, on y trouve de tout : des factions qui se disputent, des paroissiens libéraux qui communient à tous les autels, un conseil presbytéral qui ferme les yeux sur l'inceste d'un paroissien, des charismatiques qui sèment la zizanie. Paul la reprend donc sévèrement : Ta foi est remuante, mais non édifiante. Tu bouge, mais dans le désordre ! Si tu ne réagis pas, un de ces jours, tes divisions risquent de te faire éclater…
Et pourtant, cette paroisse émerveille l'apôtre. Ou plutôt : c'est de voir ce que Dieu a fait dans cette paroisse qui pousse l'apôtre à la louange. La grâce de Dieu, ce n'est jamais rien. C'est par amour que Dieu sauve le pécheur. Cet amour est précieux en raison des mérites du Christ. Sa miséricorde pardonne et donne la vie éternelle. Cette grâce est la source de toutes les bénédictions de l'Eglise. Elle jaillit de Dieu comme un torrent. Quiconque oublie ou méprise cette grâce se coupe de toutes les bénédictions de Dieu. Il ne manque pas de peu, mais de tout. Il se ferme le chemin vers le Père.
Paul ne se contente pas de dire : « La grâce vous a été accordée", il ajoute : « 
dans l'union avec le Christ, vous avez été enrichis de tous les dons, en particulier tous ceux de la Parole et de la connaissance ». La grâce est parfaite ; elle donne tout parfaitement : le pardon, la consolation, la vie et le salut. Possédez-la, vous avez le Christ tout entier ; vous ne manquez de rien. En lui, nous sommes unis à Dieu, toujours pour le meilleur et jamais pour le pire. Dans cette communion, tous les dons du Christ sont immenses, abondants et parfaits. Même nos épreuves sont utiles. Même la mort est victoire. Cette grâce se trouve entièrement distribuée dans la Bible. Quiconque croit fidèlement à la Parole de Dieu, possède le Christ avec toutes ses richesses.

Paul ajoute encore une autre dimension : "Le témoignage rendu au Christ a été fermement établi parmi vous". Manifestement, la paroisse de Corinthe a eu la chance d'être fondée par de bons pasteurs. Leur enseignement, leur prédication «n'avait rien des discours de la sagesse humaine – est-il écrit un peu plus loin – mais c'est la puissance de l'Esprit divin qui en faisait une démonstration convaincante ». Ainsi, la foi des Corinthiens «ne repose pas sur la sagesse des hommes, mais bien sur la puissance de Dieu
 ».
C'est donc par la parole des prophètes et des apôtres que le Christ doit être annoncé ! Loi et Evangile sont une bénédiction pour l'Eglise. Le prédicateur doit se faire humble devant eux et les enseigner avec fidélité. Donc, si nous voulons être riches de toutes les richesses du Christ, nous devons garder sa doctrine, l'étudier, l'appliquer à notre vie, et en vivre tous les jours pleinement. Jésus disait : "Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera ; nous viendrons à lui et nous ferons notre demeure chez lui".

Pour souligner cette vérité, Paul va jusqu'à dire : "Il ne vous manque aucun don dans l'attente où vous êtes, de la manifestation de notre Seigneur Jésus-Christ". Cette affirmation, paroisses de Strasbourg et d'Heiligenstein, prenez la aussi pour vous ! Et rendez-vous compte de ce qu'elle dit : En Christ, vous avez tous les trésors du salut, et cela jusqu'à son retour !

Malheureusement, les Corinthiens recherchaient les charismes exceptionnels et en faisaient une surenchère. Paul doit donc les ramener à la réalité (c'est la face pénible du ministère, quand le pasteur doit sonner l'alarme parce que le feu est dans l'Eglise)… Attention, Corinthe ! En Christ, tu ne manques de rien. Ne vous mettez pas en compétition les uns avec les autres, ne vous mesurez pas à l'aulne de vos charismes particuliers : voilà des pratiques du monde qui n'ont pas leur place dans l'Eglise !
Le danger vaut pour nous aussi… Beaucoup de communautés, partout dans le monde et de presque toutes les tendances, sont séduites par le sensationnel, les guérisons miraculeuses, les exorcismes… Beaucoup se regroupent - en fédérations de torchons et de serviettes - parce que, paraît-il, se regrouper permet de mieux se faire entendre… Mais depuis quand, dites-moi, le monde se soucie-t-il de l'Evangile ? Car c'est bien de la proclamation de l'Evangile qu'il s'agit. Sinon autant nous taire…
Si nous lui sommes fidèles, frères et sœurs, nous sommes riches de sa grâce. Nos églises ne sont pas le sous-produit de la première chrétienté, sortes d'églises appauvries. L'Eglise d'aujourd'hui ne manque de rien. Elle n'a pas à attendre de révélations supplémentaires qui la rendraient encore plus sûre de la grâce. Elle n'a pas à regretter les temps apostoliques comme si les croyants d'autrefois étaient mieux bénis.

Sur le panneau de l'église du Saint-Sauveur, à Paris, sous les horaires des cultes, il y a cette citation de l'apôtre Paul, en 1 Corinthiens 1 : 23 "Nous prêchons Christ, et Christ crucifié" ! Si c'est là son unique message, l'Eglise est riche quand elle prêche, quand elle absout, quand elle baptise, quand elle donne la communion, quand elle console, quand elle instruit, corrige et édifie.
Ces paroles, vous savez, sont d'une grande consolation pour les missionnaires. Je n'ai personnellement aucune expérience africaine ; ma brousse à moi, pendant huit ans, ce fut la banlieue parisienne. La chapelle de Saint-Maur n'y est pas bien grande, tout comme devaient sembler bien fragiles aux yeux des passants les chapelles d'Argenteuil ou de Dunkerque. Pourtant, même quand l'église est en planches, qu'elle n'a pas de vitraux, pas d'orgues, pas de clocher, même quand elle n'est qu'un petit groupe de croyants, une minorité, deux ou trois, elle ne manque de rien ! Le Seigneur dit en effet : "Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux". Quelle consolation, mes amis, dans cette simple promesse !
Mais qu'elle est dure à admettre aujourd'hui, où chacun évalue une structure à travers son chiffre d'affaire, le nombre et la qualité de ses actionnaires. Dans mon métier par exemple, nous attachons beaucoup d'importance à préciser, sur nos plaquettes publicitaires, que l'école se situe dans le 16eme arrondissement. (Pour ceux qui ne le sauraient pas, le 16e est le coin le plus "sélect." de Paris). Cela rassure les parents de province. De même, dire que la prépa. fait partie d'un groupe de 17 écoles, que l'étudiant peut suivre ses cours indifféremment à Paris, Lyon ou Bordeaux offre une image de sérieux qui pèse lourd au moment de l'inscription… Alors, quand on voit un petit groupe de chrétiens, dans une église minable, au fond d'une cour, avec peu de moyens, les gens doivent se dire : Quelle misère ! S'ils sont si petits, c'est que quelque chose « cloche ». A petit groupe, petite bénédiction ; à petite église, petite grâce.

La vraie misère de l'Eglise, frères et sœurs, commence quand les chrétiens doutent de la richesse de la grâce. Mais Paul écrit :
il ne vous manque aucun don de Dieu, à vous qui attendez le moment où notre Seigneur Jésus-Christ apparaîtra. L'Eglise devient pauvre lorsqu'elle met en doute cette formidable promesse : "Ne crains point, petit troupeau, car le Seigneur a trouvé bon de vous donner le royaume !".
II
Nous aussi, louons Dieu pour la richesse de sa grâce.
- Par elle, il ne nous manque aucun don
- Par elle, le Royaume s'étend sur la terre

Vous avez l'habitude de faire régulièrement votre examen de conscience ; vous savez que notre façon de voir l'Eglise n'est pas souvent celle de l'apôtre Paul. Notre reconnaissance varie comme la qualité de l'air à Paris ; autant dire que notre foi est trop souvent polluée par le découragement, la fatigue, la paresse… Et notre confiance en Dieu étouffe peu à peu, elle manque d'air et tout l'organisme tourne au ralenti !
Toute église en effet, peut se lasser de ses bénédictions et se fatiguer de son bonheur. L'exemple le plus célèbre est celui d'Israël au désert : le peuple se révolte contre Dieu et lui dit :"Nous sommes dégoûtés de cette misérable nourriture". Israël mange pourtant à sa faim. Tous les jours il assiste à la multiplication des pains dans le désert. Mais il ne voit plus le prodige, ni la gratuité, ni le miracle de sa survie. Alors il commence à cracher dans la soupe, à murmurer contre Dieu et à mordre la main qui le bénit.


C'était il y a longtemps, mais l'enseignement demeure. Même la meilleure paroisse n'échappe pas à ce genre de ras-le-bol. Ne nous arrive-t-il pas d'être blasés de la pure doctrine ? Ou tout simplement gênés d'affirmer qu'elle est encore confessée parmi nous ? Voyons-nous encore avec bonheur le bien-fondé des Confessions luthériennes, ou les regardons-nous comme un carcan qui nous marginalise de plus en plus ? Une particularité et que nous portons (ou "supportons") non comme un avantage, mais comme un handicap ?
Paul nous avertit :"Il y aura un temps où les gens ne supporteront plus la saine doctrine, mais ayant la démangeaison d'entendre des choses agréables, ils se donneront une foule de docteurs selon leurs propres désirs" (2 Tim. 4:3).

Soyons donc reconnaissants quand Dieu nous donne de bons pasteurs ! Tant de prédicateurs ne veulent plus parler de sa loi, ni de la richesse de sa grâce, pas plus que de la nécessité de l'annoncer aux autres religions…
"Je rends à mon Dieu de continuelles actions de grâces à votre sujet" pourrait écrire Paul à vos deux communautés, parce que depuis soixante-quinze longues années, vos parents, et leurs parents avant eux, vous-mêmes et vos enfants prient pour leurs pasteurs, les soutiennent par leurs dons, souvent au prix de sacrifices importants. Qu'il me soit permis de dire ici que c'est une œuvre admirable qui orne la couronne de votre salut de mille feux pour la vie éternelle ! On ne le répétera jamais assez : les pasteurs ont certainement besoin de la critique et des exhortations charitables des frères, mais ce sont vos prières qui leur permettent de rester fidèles à leur engagement.


Cependant, frères et sœurs (et ceux parmi nous auxquels Dieu a donné des enfants) : encourageons-nous encore nos propres garçons à envisager ce ministère sacré ? Ou considérons-nous cette perspective avec horreur ou angoisse ! ? Et si Dieu nous privait de pasteurs ?
Plus que jamais, soyons émus de gratitude quand Dieu donne des étudiants en théologie prêts à s'engager pour prendre soin de troupeaux, même faibles et dispersés !
Soyons dans la joie, quand l'Eglise voit ses membres prendre des responsabilités dans un conseil paroissial, dans un conseil synodal, dans un comité, dans une association au service de la jeunesse, de la bienfaisance ou dans toute autre fonction !
Réjouissons-nous quand elle soutient ses missionnaires par ses prières ferventes et ses dons ! Ne négligeons aucune avancée du Royaume sur la terre, même par le plus humble témoignage de nos frères !
Parmi vos membres, beaucoup ne cessent de donner offrandes sur offrandes pour que l'Eglise vive, prêche, témoigne et aille de l'avant : c'est un grand exemple pour les postes missionnaires et les jeunes chrétiens qui réalisent ainsi qu'il ne faut pas seulement aimer en parole, mais aussi concrètement, par le sacrifice et par l'offrande.
Lorsqu'un synode se sait riche du témoignage de Christ, il est riche à tout point de vue. C'est le témoignage de Christ qui triomphe de l'ingratitude et de toute lassitude. C'est le témoignage de Christ qui le tient en éveil contre l'erreur et qui l'empêche de s'endormir. C'est le témoignage de Christ qui enthousiasme ses membres et les conduit à répandre partout la bonne nouvelle du salut.

Lorsque Moïse entend la révolte du peuple, il tomba à genoux et supplie Dieu en ces termes : "Marche avec nous, si non, ne nous fais pas partir d'ici".

Nous aussi, nous avons besoin de tomber à genoux et de supplier Dieu de marcher avec nous. S'il en est ainsi, selon la richesse infinie de sa grâce, alors nous marcherons avec des chants de joie. Nous irons de l'avant et notre coeur sera rempli de gratitude pour tout ce qu'il a daigné faire en notre faveur, pour nous et nos enfants, jusqu'à ce jour.
Puisque l'apôtre nous dit aujourd'hui « :Il ne vous manque aucun don de Dieu, à vous qui attendez le moment où notre Seigneur Jésus-Christ apparaîtra", moi aussi je vous dis : "Que la grâce de Christ, qui surpasse toute intelligence, garde vos coeurs et vos esprits". En Christ vous êtes vraiment riches de tous ses dons.

Amen.

Pastor Francois Poillet - Eglise Evangelique Lutherienne du Saint-Sauveu